Analyse du clip « Le petit train »

mars 19, 2015 Permalink

Le clip du « Petit train » des Rita Mitsouko est un petit chef d’œuvre plein d’idées et de surprises à décrypter!

L’action débute avec des visages intrigants et inquiétants, maquillés, presque statufiés et se déroule dans une sorte de prairie avec ces personnages étranges, qu’on pourrait imaginer sortis d’un cirque. Roms, Bohémiens, Tziganes…. On ne sait pas trop, mais assurément ce sont des gens du voyage, beaux, cocasses et bariolés.

Comme le petit train qui va dans la campagne, nos personnages virevoltes dans les herbes dans une ambiance digne des ces films faits en Inde, le cinéma Bollywood, très colorés et assez dansants.

Clip rita 1

L’ambiance joyeuse et insouciante est soudain altérée par l’apparition d’un visage effrayant en juxtaposition de celui de Fred Chichin, le guitariste de Rita Mitsouko.

clip rita 2

Ce visage repoussant tranche avec la séquence suivante, très dansée et presque romanesque, où nous voyons Fred et Catherine, prince et princesse, jouer aux amoureux attendris.

Après une danse de groupe où de ravissantes jeunes femmes entourent et entrainent Catherine Ringer, le plan change (1’47) :

Clip rita 6

Son visage devient grave et désolé quand elle chante:

Personne ne sait ce qui s’y fait

Personne ne croit

Il faut qu’il voie

Mais moi je suis quand même là

Nous commençons à comprendre que ce train n’est pas aussi bucolique que les premiers vers pouvaient nous le laisser croire…

La danse qui s’ensuit nous éclaire: les danseuses s’approchent d’une clôture barbelée, comme celles des camps de la mort.

clip rita7

De nouveau, des visages épouvantés et épouvantables surgissent alors que les paroles se font cruellement explicites:

Le petit train

Dans la campagne

Et les enfants?

Les petit train

Dans la montagne

Les grands-parents

Petit train

Conduis-les aux flammes

à travers champs

clip rita 8
Les visages déformés des personnages nous renvoient à l’école de peinture expressionniste allemande des années 20. Des peintres qui venaient de faire la guerre et en étaient rescapés, ramenaient avec eux des souvenirs horribles que ces visages décomposés nous rappellent. Otto Dix, George Grosz, Erich Heckel, Ernst Ludwig Kirchner ou encore Egon Schiele en furent les principaux représentants.
Ces peintres ont mis dans leur création les images cauchemardesques qu’ils ont ramenées avec eux des tranchées de 14/18: corps disloqués, jeunesse volée, mensonge des autorité, enrichissement des marchands de canon tout y passe. Cette école d’une rare puissance a également influencé le cinéma allemand et des réalisateurs comme Fritz Lang.
Les Nazis ont brutalement pourchassé ces peintres et interdit leurs œuvres considérées comme « dégénérées ».
C’est à cet univers que font allusion Fred Chichin et Catherine Ringer, dont le père, artiste peintre, fût déporté lors de la seconde guerre mondiale. Ces visages grimaçants nous disent l’horreur des camps de la mort.

A 3’48, nous retrouvons la même séquence que précédemment (1’47), avec la nuance de taille que cette fois Catherine Ringer pleure.

clip rita 9

 

Cette séquence est suivie du défilé clairement décalé des images qui se meuvent en un film à la façon de ceux des premiers pas du cinéma, une autre façon de suggérer le petit train.

zootrope

 

On le voit, bien des choses sont contenues dans ce clip qui au premier abord va nous sembler saugrenu.
C’est tout l’art de Rita Mitsouko de jouer ainsi avec notre perception et de dire des choses graves sur un ton presque désinvolte.

Commentaires clos.